De l'encens sur internet
Des senteurs du monde entier

Jean-Charles Bouniol a fait d'une passion un commerce, pas tellement lucratif mais tellement passionnant !

Il n'a qu'une centaine de clients mais aucun de ceux-ci n'est girondin ; bon nombre vivent à 10 000 kilomètres ou plus de Bordeaux et le produit qu'il leur vend n'a d'autre utilité que de sentir bon et de purifier l'atmosphère : JC Bouniol n'exerce pas un commerce ordinaire. Il vend de l'encens, sur internet. Uniquement par le net et seulement de l'encens !
Dans son échoppe de Nansouty, avec un fax, deux ordinateurs et trois lignes de téléphone, il est en relation avec le monde entier. Le reste de sa panoplie, deux appareils photo (un classique et un numérique).
"Ce n'est pas ce business qui me fait vivre. Ca, c'est plutôt ma danseuse".
A 33 ans, titulaire d'un DUT information et communication, JC Bouniol est ce qu'on appelle un webmaster/webdesigner : il travaille pour les sites internet des collectivités locales dans son studio multigraphique à demeure. Il est aussi formateur à l'IUT de journalisme et correspondant de presse.

L'asie en est folle

Rien de tout cela n'a de rapport avec l'encens, qu'il a découvert à l'occasion de ses voyages en Asie et en Afrique du nord. "Plusieurs fois, j'en avais ramené du Népal, du Maroc et de Turquie. Je m'y suis de plus en plus intéressé mais je ne trouvais pas toujours les variétés que je voulais à Bordeaux. Je me suis dit que je ne devais pas être le seul dans ce cas et ça m'a donné l'idée de monter un commerce autour de ce produit si particulier, un peu magique, que toutes les religions ont utilisé et qui, aux dires des Tibétains, par exemple, a des vertus thérapeutiques. En tout cas, eux l'utilisent en inhalation pour se dégager les bronches ou le mélangent à une huile neutre pour des massages relaxants". "C'est aussi un support spirituel pour les religions. Selon sa composition, l'encens favorise la sérénité et la relaxation, l'éveil, la concentration, l'équilibre ou la méditation", explique JC Bouniol, qui n'a rien d'un gourou et, qu'on se rassure, pas d'avantage le profil d'un adepte d'une secte.
A l'écouter, on en apprend beaucoup sur la composition de ces bâtonnets dont la combustion (lente) dégage un parfum que l'on reconnaît à coup sûr. "Des ingrédients comme le bois de santal ou le bois d'Agar entrent dans sa composition, à côté d'aromates, de fleurs, d'épices, deminéraux, d'huiles essentielles et le tout est lié avec de la gomme arabique." JC Bouniol pourrait parler des heures des mérites comparés du benjoin et de l'oliban ou du bois d'Agar, qui se négocie au prix de l'or. "En Asie, tout le monde fait brûler de l'encens ! Dans les maisons, dans la rue, dans les magasins, dans les lieux de prière et jusque dans les bus et les taxis", se souvient-il. "Souvenons-nous que les Egyptiens s'en servaient pour embaumer leurs morts, pratiques que connaissaient aussi les Mayas, les Aztèques et les Amérindiens.

150 kilos

JC Bouniol commercialise une cinquantaine de variétés d'encens, soigneusement sélectionnées et testées par lui. Il les fait venir du Tibet, d'Inde, du Népal, du Japon, de Somalie et d'Indonésie, mais aussi de ... Provence. Il importe 150 kilos de résines par an, livrés en vrac ou déjà conditionnés. Et il expédie ses paquets par la Poste à la centaine de clients qui le contactent par le net. Il en a jusqu'en Guadeloupe, en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie, mais, bizarement, aucun dans la région de Bordeaux. "En France, c'est la région parisienne, le Nord et la Corse qui sont les plus demandeurs."
La boutique de son site internet, que visitent un millier d'internautes par mois, il la complète par un magazine d'information, rédigé et mis en images par lui-même ; une mine de renseignements précis sur l'historique de l'encens, ses implications religieuses, des infos botaniques et sur le cérémonial auquel il est associé selon les civilisations, comme dans le kodo japonais, qui est l'art de le respirer et d'en décrire les plaisirs. Comme dans une dégustation de vin... de Bordeaux.

Claude Garnier - Sud Ouest - 23/09/2000

 
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